mercredi 11 novembre 2015

Passer un entretien d'embauche à 8 mois et demi de grossesse (test et résultat)

Depuis plusieurs années, je me prépare pour ce poste.
Je me forme en parallèle de mon boulot. Je finance moi-même cette formation.
Je construit ma vie de famille à coté aussi parce que j'ai la trentaine et que c'est le moment.
Je ne suis sans doute pas la meilleure dans mon job mais je pense le faire bien.
Jusqu'à présent, les retours de mes supérieurs et de mes collègues ont toujours été positifs.

Au mois de juillet, épuisée par six mois d'une troisième grossesse et la canicule, je suis arrêtée par mon médecin. La semaine suivante, une collègue me prévient: le poste que j'attends va être créé à la rentrée, dans une des branches du service qui m'emploie. Je panique un peu! Bon Dieu, ça va tomber pile pendant mon congé maternité! Tant pis, je ne peux pas laisser passer cette opportunité, j'appelle ma directrice pour lui signaler d'ores et déjà que je suis intéressée! Sa réponse me laisse pantoise: "je vous arrête tout de suite, nous n'avons pas les moyens d'embaucher quelqu'un qui a de l'expérience, avec vos 10 ans d'ancienneté, vous coûtez trop cher pour nous... Mais rien ne vous empêche de postuler, on ne sait jamais". Pas un mot sur ma grossesse. Moi même, je ne veux pas croire que ça puisse entrer en ligne de compte.

Fin septembre, le poste est à l'affichage, ce qui signifie que je peux officiellement postuler. Je serre le périnée pour être sûre de ne pas accoucher avant la date de l'entretien d'embauche! J'y crois encore tellement! J'ai toutes les compétences demandées, il n'y a pas de raisons que ce poste m'échappe!

Je stresse au fur et à mesure que la date approche, je dors mal. Ça m'agace parce qu'à quelques jours du terme, j'aimerais pouvoir me consacrer à mon futur bébé. Mais je dois aussi penser à après. Avec trois enfants à élever, la question de retravailler ou non n'est pas une option pour moi.

Le jour J, j'en suis malade. Mais devant la commission de recrutement, je défend ma candidature. Ma directrice m'indique de suite que le fait d'être enceinte n'entre absolument pas en ligne de compte pour l'obtention du poste...(histoire que je ne me retourne pas contre eux si je ne l'obtient pas). L'entretien se déroule ensuite normalement jusqu'à ce que ma directrice me pose une question déroutante, appuyée par ma chef de service: "et comment envisagez vous de concilier votre vie de famille avec les contraintes du poste? Si il faut se rendre à des réunions en soirée par exemple?" Je suis soufflée par la question. Dans la mesure où je travaille déjà pour eux, il savent qu'il m'arrive de poser des journées enfant malade et que je ne peux pas toujours me rendre à des réunions en soirée à l'autre bout du département. Mais ils savent aussi que, lorsque je peux me rendre disponible et m'organiser, je le fais. Je réponds honnêtement: harmoniser ma vie familiale et ma vie professionnelle, c'est actuellement le grand challenge de ma vie, mais rien ne me semble totalement inconciliable. J'essaie d'être réglo et dispo dans tous les domaines de ma vie. J'enrage un peu d'avoir du répondre à cette question.

A ce stade, je précise que je ne travaille pas pour une multinationale ou dans le secteur commercial. Non, je bosse dans le médico-social, pour une association à but non lucratif!!!

Je sors de l'entretien sans savoir quoi en penser. Je reste encore persuadée que j'ai le meilleur profil pour ce poste.

La commission de recrutement se réunit au complet la semaine suivante, soit la semaine où je dois accoucher de Little 3.

Le mercredi, je n'ai aucune nouvelle. Le jeudi, je suis à la maternité, quand, entre deux contractions, je reçois un sms de ma collègue qui m'indique que c'est une petite jeune, en début de carrière qui a obtenu le poste. Il est 13h et je m'effondre en larmes dans les bras de mon presque mari. Tout ce stress et cette tension pour rien. Tous ces mois à se former pour rien. A 18h05, j'accouche de Little 3.

Depuis ce jour, vertigineux au niveau des émotions, j'oscille entre bonheur et plénitude quand je contemple ma vie de famille et rage, tristesse et angoisse de l'avenir quand je pense à ma vie professionnelle. Dans ce que j'avais imaginé, je me voyais, traverser cette période plus sereinement, avec mon beau bébé dans les bras et la perspective d'un avenir professionnel plus favorable que ces dernières années. Mais ça ne s'est pas passé comme prévu. Il faut croire qu'on ne peut pas tout avoir.

Alors oui le principal, c'est que tout le monde aille  bien et soit en bonne santé. J'essaie de ne pas laisser ma déception et ma rancoeur prendre trop de place. Mais croyez-moi, même si je profite à fond de mon bonheur familial, je rumine pas mal aussi. Il va me falloir du temps pour digérer la chose et repartir sur une nouvelle dynamique. Pour le moment, je n'ai aucune idée de la direction que je vais prendre.

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